A tête reposée, bravo Mirra Andreeva, bravo Maja Chwalinska, bravo Flavio Cobolli.
Réponse logique à question évidente : Peut-on être content pour Zverev ? Réponse dans le texte.
Finale Andreeva - Chwalinska : la réalité a fini par rattraper la fiction.
Maja Chwalinska : et maintenant Maja ?
Flavio Cobolli : c’est vrai ça, et maintenant ?
Ben non hein quand même. On est pas là pour se poser en donneur de leçons, chacun fait bien ce qu’il veut. Mais non quand même hein.
Si c’est mérité. Eu égard à son palmarès, eu égard au niveau de jeu qu’il propose depuis plus de 10 ans maintenant, c’est mérité. Il n’était pas érigé comme “meilleur joueur sans Grand Chelem de l’histoire” pour rien. Il est revenu, peut être même plus fort, d’une rupture de sept ligaments de la cheville. Déjà, qui (en dehors des médecins), peut imaginer qu’une cheville compte au moins sept ligaments ? Quand on voit les lignes de son CV sportif, c’est limpide.
Rétablissons les faits. Parce que c’est nécessaire de les mentionner.
Alexander Zverev est accusé en 2021 par son ex-amie Olga Sharypova et un journaliste de violences physiques et psychologiques tout au long de leur relation, par la rédaction d’un article. Zverev contre-attaque en justice pour diffamation et obtiendra le retrait de cet article. Il ne sera pas inquiété par l’enquête de l’ATP “faute de preuves”. Affaire classée.
L’ex-compagne et mère de son enfant Brenda Patea porte plainte pour coups et blessures et Zverev est, en octobre 2023, condamné à verser 450000€. Il fait appel, les poursuites engagées sont alors abandonnées du fait qu’un accord à l’amiable ait été versé, dont l’accord n’a pas été rendu public en Juin 2024. Une somme de 200000€ est évoquée. Il n’est dès lors pas jugé coupable. Ceci est le fonctionnement de la justice allemande.
Non pas parce que le sujet n’a jamais été abordé avant. Ça l’a été. Mais parce qu’Alexander Zverev bénéficie aujourd’hui d’une couverture médiatique jamais été octroyée auparavant. Parce qu’on parle aujourd’hui du joueur et de la personne en dehors du monde du tennis. Parce que c’est bon de le dire et le rappeler, encore et encore.
Aussi, parce que ces dernières années, lorsqu’on parlait de Zverev, c’était pour se foutre de sa gueule, parce qu’il perdait et trouvait des excuses toutes plus pathétiques et désespérantes les unes que les autres. Parce que le voir échouer dans sa quête était un moyen de ne pas parler d’autre chose à son propos. Alors le jour où la lumière se fait un peu plus forte et que le perdant devient gagnant, on se rappelle pourquoi le nom ZVEREV doit continuer d’être du mauvais côté de l’histoire. Même s’il a mérité, sur le terrain, d’en gagner un. Enfin.
Mirra est bien occupée entre jouer au tennis, s'occuper de son chien et régler un conflit ©GettyImages
Ou lorsque l’improbable et l’indéfinissable finit par rendre les armes.
Personne, absolument personne n’aurait pu parier sur l’identité des deux joueuses qui se sont retrouvées en finale de l’édition de Roland Garros 2026.
Retrouver Mirra Andreeva (8ème mondiale) si haut relève d’une presque logique qu’il convient de rétablir. Après sa percée il y a un an puis une petite crise de croissance ensuite, la jeune russe de seulement 19 ans, à qui on demande beaucoup de choses et dont on attend encore plus a repris le fil conducteur de son tennis si efficace et complet. C’est difficile d’être complète à 19 ans il faut dire.
Trouver Maja Chwalinska (114ème mondiale) à ces hauteurs, c’est quelque chose qu’elle n’imaginait pas. Que personne n’imaginait. Evidemment qu’elle n’avait pas réservé d’hôtel pour la deuxième semaine.
Les coupeuses des grosses têtes de série ayant disparues presqu’en même temps que leurs victimes, la porte laissée ouverte à Andreeva et Chwalinska, 24 ans, a abouti sur une finale aussi illogique sur le papier que logique dans le score.
La plus jeune mais plus expérimentée Andreeva a déroulé la partition qu’il fallait face à une polonaise à moitié prise par l’enjeu et par deux semaines éreintantes émotionnellement et physiquement. Jouer une finale de Grand Chelem sans être préparée à la jouer est différent d’un 1er tour de qualifs, d’un 1er tour et d’une demie. Le score parle pour lui-même, 6/3 6/2.
Mirra Andreeva conquiert Paris et un peu nos cœurs. Pas complètement encore. Que lui faut elle faire de plus ? En gagner d’autres et faire plein de choses compliquées pour une jeune femme de 19 ans. Aller contre son gouvernement, s’opposer à une guerre, serrer des mains ukrainiennes, éventuellement régler un conflit et stabiliser la zone (procédure habituelle), tout ça avec le sourire. Et continuer de se remercier elle-même. C’est beaucoup. Mais ça ne semble pas irréalisable tant Mirra semble capable de grandes choses. On l’espère.
Tout va changer. Pour un an au moins.
La polonaise de 24 ans ne s’attendait pas à rester 3 semaines à Paris et gagner 9 matchs en simple à Roland Garros 2026. Gagner 9 matchs à Roland Garros en carrière était, avant son 1er tour des qualifs un objectif qu’elle aurait peut être trouvé plus réaliste dans un premier temps.
Il n’y a qu’à voir ses explications devant les micros à mesure qu’elle enchaînait les victoires. Que se passe-t-il ? Quand cela va s’arrêter ? Que m’arrive-t-il ? Je ne sais pas quoi dire.
Là sont toutes les questions. On adore ce genre de parcours, ce genre d’histoires. Mais la suite ? Cette question là nous intéresse tous aussi.
Maja Chwalinska s’est ouvert les portes du top 100 en grand. Elle était 114ème, la voilà 21ème. Tous les plus grands tournois lui sont accessibles, à elle d’en profiter. Cette année ne sera pas la plus compliquée. C’est l’an 2, là où les points sont à défendre que se situe l’enjeu.
Soit elle a découvert son vrai niveau, qui était inconnu de tout le monde ou presque sans doute.
Soit l’état de grâce, la faille spatio-temporelle va s’estomper petit à petit et une comète est née cette année.
On préfère la première, et nul doute qu’elle aussi. Ça nous permettra de continuer de croire en Loïs Boisson comme ça.
Maja joue au tennis, mange tennis et apparemment dort tennis ©EPA
Son père, qui l’a entraîné et même élevé à la dure n’a pas toujours cru en lui pour devenir un excellent joueur. Top 100 ? Ok ça pourrait. Top 50, allez pourquoi pas. Top 30, et puis quoi encore. Il est aujourd’hui top 10 Flavio. Et finaliste de Roland Garros.
Aujourd’hui, de quoi peut rêver le jeune italien, et son père avec ? C’est que son CV commence à avoir de belles lignes depuis un peu plus d’un an maintenant.
Il commence 2025 avec 7 défaites d’affilée avant de s’envoyer un ATP 250, celui de Bucarest, son premier. Creuser, creuser encore, avant de rebondir haut, très haut. Puis l’ATP 500 de Hambourg, puis les quarts de finale de Wimbledon. Mais ce n’est pas tout, et pas le mieux. De la Coupe Davis 2026, il en est le héros italien. Celui qui a porté tout un pays sur son dos jusqu’au titre, sans Jannik Sinner, sans Lorenzo Musetti. Héroïque, il est invaincu en phases finales et permet à l’Italie de rester la meilleur nation du monde. En tennis, pas en football.
A 24 ans, il a passé plusieurs caps tout en restant dans une certaine logique qui nous fait dire que son plafond est encore inconnu. Pensez donc, même son père, avec qui il entretient une relation fusionnelle, s’est complètement planté sur le potentiel et à quoi ressemblerait la carrière de son rejeton. Il reste à Flavio Cobolli 10 ans pour tuer le père. En tout cas continuer de le faire mentir. Il n’attend que ça.
Quand on vous dit que la Coupe Davis ça compte pour Flavio ©GettyImages