Ce qu’il s’est passé cette semaine
L’Open du Canada avait lieu cette semaine : tous les ans on alterne, cette année ça se jouait à Toronto pour les hommes, et à Montréal pour les femmes.
ATP Toronto : surprises en pagaille, Jannik Winner (M1000)
Tous les meilleurs joueurs du monde (sauf le GOAT) étaient engagés à Toronto, pour un Masters 1000 ouvert. Comme l’an dernier (Carreno Busta, oui oui), on a vu naitre un nouveau vainqueur de Masters 1000.
Canada Dry pour certains. Plusieurs top 10 ont été battus par des joueurs en pleine bourre. C’est le cas de Tsitsipas, battu par un excellent Monfils (cf section sur nos français), mais aussi de Rune sorti par Giron, et Rublev vaincu par McDonald. McDonald et Monfils ont poussé leurs beaux parcours respectifs jusqu’en quart de finale.
Sirop d’érable toute la semaine pour d’autres. Pendant ce temps là, d’autres se sont régalés avec le meilleur parcours de leur carrière en Masters 1000. On retrouvait ainsi en demi-finale Tommy Paul, vainqueur pour la deuxième fois en 2 confrontations du numéro 1 mondial Carlos Alcaraz en ¼ de finale (hasard ?). Mais aussi le surprenant Davidovich Fokina, qui devait sa place dans le dernier carré à sa belle victoire face à Ruud.
De Minaur-Sinner, finale inédite. Paul et Davidovich étaient stoppés en demies, par un joueur qu’on attendait là (Sinner), un autre moins (De Minaur). L’Aussie n’avait jamais atteint de demi-finale en Masters 1000, il s’offrait sa première avec une victoire de prestige face à Medvedev, avant de vaincre Davidovich facilement pour atteindre directement une finale. Il atteint le meilleur classement de sa carrière, n°12.
Jannik crève l’écran. La marche était trop haute pour De Minaur en finale, et Sinner s’offrait le plus grand titre de sa carrière, son premier Masters 1000 depuis le temps qu’on l’attendait, et sans doute pas le dernier ! Il aura profité d’un tableau favorable, puisqu’il n’aura cédé qu’un set (#LaMonf’), et pas affronté de top 10. En finale, il dominait l’Australien en 2 sets expéditifs : 6/4 6/1. Le voilà n°6 mondial, et même n°4 à la Race.
WTA : Pegula en haut du Montréal (M1000)
Il y avait du monde pour grimper au sommet à Montréal, et la majeure partie du top 10 avait sorti son mousqueton.
Belle ascension de Collins et Samsonova. Au rayon des belles surprises de la semaine, commençons par Danielle Collins. Après plusieurs mois de galère, l’ancienne demi-finaliste en Grand-Chelem a du passer par les qualifications, avant de sortir tour à tour Svitolina, Sakkari et Fernandez. Elle cède en ¼ de finale face à la numéro 1 mondiale en 3 sets. De son côté, Samsonova aura poursuivi sa belle montée jusqu’en finale, sortant tour à tour la numéro 2 mondiale Sabalenka et la numéro 3 Rybakina.
Pegula s’offre Samsonova en finale. On retrouvait en finale deux outsiders : Jessica Pegula (n°4) et Samsonova (n°15). Souvent placée, rarement gagnante, Pegula réalisait jusque-là sa meilleure saison mais échouait souvent dans les grands tournois. Elle a cette fois-ci sorti tour à tour Coco Gauff et Iga Swiatek pour s’offrir une finale… Pas rien ! La finale était malheureusement à sens unique (6/1 6/0), la faute au talent de Pegula mais aussi à une programmation douteuse. Samsonova a ainsi eu 2h de repos contre 36h pour Pegula entre sa demie et sa finale.
Du Big3 au Big4 ? On parlait du trio Swiatek-Sabalenka-Rybakina comme du Big3, on devra peut-être désormais parler de Big4 puisque Pegula prend la troisième place mondiale à la kazakhe. Avec Gauff et Jabeur, on n’a pas vu une telle hégémonie de quelques joueuses au sommet du tennis mondial depuis quelques années sur le circuit féminin.
Second M1000 pour l'Américaine Jessica Pegula, nouvelle n°3 mondiale
La semaine à venir : du rab de Master 1000
ATP 1000 Cincinnati - USA : Sinner pas rassasié ?
Pas de repos pour les ogres du circuit. Le M1000 de Toronto est à peine terminé qu’on remet le couvert à Cincinnati. Et autant dire qu’il faudra un bon coup de fourchette pour espérer arriver au bout du tournoi américain.
L’année dernière, c’est Borna Coric, revenu d’entre les morts, qui avait triomphé pour l’une des surprises de l’année.
Reste-t-il une petit place dans l’estomac de Jannik Sinner, qui va devoir digérer son premier 1000 ?
Carlos Alcaraz lui, va devoir retrouver l’appétit et espérer ne pas croiser Tommy Paul pour reprendre sa gloutonnerie habituelle (c’est prévu en quarts encore).
Novak Djokovic doit avoir grand faim. Absent à Toronto, il va prendre Cincinnati comme un antipasti avant le plat de résistance qu’est l’US Open.
S’il n’a pas trouvé de Minaur à son goût au Canada, gageons que Daniil Medvedev sera là pour toquer à la porte des favoris à l’US Open.
Derrière cette meute de prétendants logiques, Tsitsipas, Rune ou Ruud, tombés sur des os il y a quelques jours, doivent baver devant le menu proposé.
Et puisque Cincinnati peut rimer avec surprises, on observera avec attention comment se comportent les jeunes américains, toujours dangereux sur leur sol et à même de sortir le champagne en fin de semaine.
Le favori : Alcaraz voit Djokovic se rapprocher à 600 points au classement. Il ne va pas se laisser faire.
La pièce : Hubert Hurkacz la rage aux dents, la bave aux lèvres.
WTA 1000 Cincinnati - USA : des miettes pour les seconds couteaux ?
A Cincinnati, la table est dressée pour deux. Le tournoi accueille donc les femmes et les hommes, pour une double dose de fun.
La grande question est de savoir si le big three/four de cette saison va encore se partager le gâteau ou laisser une part aux domestiques.
Swiatek, Sabalenka, Rybakina et dans une moindre mesure Pegula veulent payer l’addition à la fin de la semaine et ce toute l’année. La logique voudrait que l’une des quatre fantastiques s’impose encore.
Derrière, les tchèques peuvent chasser en meute pour ramener du gros gibier. Les russes ne veulent pas être que des seconds couteaux, est ce que Kudermetova ou Kasatkina peuvent prendre le relais de Samsonova ?
A moins que Coco Gauff ne foute les boules à tout ce petit monde.
Si nous ne sommes jamais à l’abri d’une grosse surprise, le trophée devrait tout de même revenir à l’un des noms/nationalités mentionnés ci-dessus.
A noter l’affiche sympa que nous offre le premier tour entre les deux mamans en vogue. Elina Svitolina et Caroline Wozniacki batailleront entre 3 biberons.
La favorite : Iga Swiatek pour remettre la cerise au centre du gâteau.
La pièce : Belinda Bencic, qu’on oublie un peu trop souvent.
La semaine des français : Monfils, le retour du show
Trois joueurs français ont pris le départ du Masters 1000 de Toronto. Après le faux départ de Grégoire Barrere contre Berretini, deux d'entre eux ont attiré l'attention.
Ugo Humbert a sorti un match de porc pour sortir Jarry dans le premier virage, avant de ralentir dans la ligne droite opposée après un grand match contre le top 10 Fritz. Il continue son bel été américain et tient le bon bout dans la dernière ligne droite pour être tête de série à l’US Open (n°33).
Quant à Monfils, il continue son tour d'honneur et impressionne toujours. Il a réalisé un match complet avec des coups dont il a le secret face à Eubanks d’entrée, et a surtout battu Tsitsipas qui n'a pas tenu la cadence (6/3 6/4). Il s'est qualifié pour les huitièmes de finale, à bientôt 37 ans, et a profité d'un tour abordable contre Vukic pour passer en quarts de finale. Il y a affronté le redoutable Jannik Sinner et n’a pas démérité, vaincu seulement en trois sets de haut niveau : 6/4 4/6 6/3. Il a prouvé qu'il est toujours capable de rivaliser avec tout le monde lors d'un bon jour, et qu’il est sans doute encore le meilleur joueur français en attendant la relève. À quelques semaines de l'US Open, personne ne voudra tomber sur lui au premier tour dans... l'un de ses tournois préférés !
Carrée, Garcia. Côté féminin, l’unique française Caroline Garcia est restée dans les starting blocks. Face à sa bête noire Bouzkova (3 défaites en 3 matchs face à elle), la série s’est poursuivie avec une 4ème défaite, en 3 sets cette fois-ci. Inquiétant à quelques jours de défendre son titre à Cincinnati, et tous ses points de sa folle fin d’année 2022. Elle aborde ce mois fatidique avec une confiance au plus bas. Mais… est-ce que ce n’est pas quand on l’attend le moins qu’elle est la meilleure ?
Devant un public Nord-Américain qui l'aime tant, Gaël a encore soulevé les foules
Le focus : Alex de Minaur, enfin majeur ?
Cette saison, l’australien de 24 ans Alex de Minaur chante de plus en plus juste. A Toronto, il a poussé la chansonnette jusqu’en finale avant de buter logiquement contre le ténor Sinner.
De Minaur (ou Demon, son surnom) est un habitué du top 30 depuis plus de 4 ans maintenant. C’est peut dire qu’il occupe une place de choix dans l’orchestre tennistique.
Habitué à nous livrer des partitions dénuées de fausses notes assez régulièrement, il manque toutefois d’une certaine puissance et peut être d’autre chose pour viser plus haut qu’un 3ème interligne.
Depuis qu’il est arrivé sur le circuit, de Minaur a ses périodes. S’il se montre fort contre les moins bien classés que lui, il n’avait pas (avant Toronto) de grosses références sur son CV contre des joueurs plus haut. Il a tout de même 7 titres à son actif, le plus important étant Acapulco (ATP 500) glané en Mars dernier. En Grand Chelem, il a haussé la voix à l’US Open jusqu’en quarts en 2020, défait par le futur lauréat Thiem.
Joueur de surface rapide, contreur assez exceptionnel et doté d’un déplacement de folie, il semble avoir ajouté depuis quelques mois une autre corde (vocale) à son arc. Il n’attend plus de se servir de la vitesse de balle adverse pour essayer de déborder son opposant et coupe davantage les balles pour prendre le jeu à son compte.
Et cela semble marcher, puisque qu’il a donné des acouphènes à Norrie, Fritz, Medvedev, Paul ou Rune ces dernières semaines. Autant de joueurs mieux classés que lui. Il en est déjà à 6 victoires sur des top 10 cette année.
A lui de continuer sur cette voie et trouver la clé (de Sol) pour devenir enfin Chef d’Orchestre.
Alex de Minaur alias Demon. Le fauve est lâché et il court très vite.
La question qui fâche : Caro Garcia, retour à l’envoyeur ?
A Cincinnati l’an dernier, Caroline Garcia renouait avec les grands succès, de ceux qui avaient fait d’elle une numéro 4 mondiale en 2018 en capitalisant sur ses deux monstrueux succès d’affilée en M1000 en 2017.
Depuis 10 ans qu’elle saoule de coups ses adversaires sur le circuit et une montée en puissance sur les 5 premières années, la française nous a habitué aux montagnes russes, nous nourrissant des plus grands espoirs et des déceptions tout aussi immenses.
Capable de tenir tête à la grande Maria Sharapova à Roland Garros à 17 balais, d’aligner 11 victoires d’affilée en Master 1000 pour atteindre la 8ème puis 4ème places mondiales, elle est aussi capable de perdre 80 places en un an et errer telle une 60ème joueuse à son maximum.
Cette année, les espoirs étaient grands après une fin d’année 2022 de rêve (victoire à Cincinnati et au Master, demie à l’US Open), où l’ambition assumée était de gagner un Grand Chelem en 2023.
Si on fait le bilan un an après, le constat est amer. Caro bénéficie de son statut de tête de série pour faire bonne figure et rallier (assez péniblement) les quarts des tournois. Mais il n’y a pas eu de grosses perfs pour accrocher le wagon des 4 meilleures mondiales sans regarder dans le rétro.
En panne de confiance totale, la tête ailleurs mais on ne sait pas où, elle semble se diriger vers une deuxième période de vaches maigres, celle-là même qui l’avait vu flirter avec la 100ème place mondiale il y a 15 mois. Les points à défendre jusque novembre sont trop nombreux pour être optimiste.
Mais à 29 ans il n’est jamais trop tard et on connaît le personnage. Elle l’a fait une fois, elle peut le refaire. Il n’y a pas de plan B dans le jeu de Garcia, pourquoi y en aurait-il un autre que de gagner un Grand Chelem à son âge ? On n’attend qu’une chose, que la prophétie de Sir Murray en 2011 (future numéro une mondiale) se réalise.
Coup d’oeil dans le rétro : Open du Canada 2014, quand Tsonga jouait le feu
2014, Toronto. Jo-Wilfried Tsonga arrive au Canada sans grand résultat en cet été 2014, sèchement battu par Novak Djokovic à Roland Garros, et rebelote à Wimbledon.
Mais quand il recroise le Serbe en 1/8èmes de finale de l’Open du Canada, il rend une copie parfaite pour sortir Djokovic, qu’il n’avait pas battu depuis 4 ans, 6/2 6/2. Le Serbe aura rarement pris une telle paire de claques par notre Mohamed Ali national.
En quart de finale, il retrouve Andy Murray, sa bête noire. Le Britannique l’a battu lors de leurs 8 derniers affrontements, Jo n’aborde donc pas la partie avec une sérénité totale. Mené 3/0 au 3ème set, il renverse le match 7/6 4/6 6/4. Que peut-il arriver au Manceau après ça ? Il découpe en demi-finale Grigor Dimitrov en deux petits sets, pour se qualifier pour la finale du Masters 1000.
En finale, il affronte un certain Roger Federer. Un beau combat a lieu entre les 2 hommes, et le français l’emporte en 2 sets serrés (7/6 7/5), pour remporter ce qui restera (à son grand dam) le plus grand titre de sa carrière avec son sacre à Bercy en 2008. Encore aujourd’hui, il reste avec Nalbandian le seul à avoir vaincu 3 membres de ce qu’on appelait alors le “Big Four” dans un même tournoi. Chapeau Jo-Wilfried.
Djokovic, Murray, Federer en 7 jours. Il fallait ce genre d'exploits pour gagner à l'époque...
