"Le mec je le bats et il rigole quand même" Daniil Medvedev et Novak Djokovic © Karim SAHIB/AFP
Résumé de la semaine dernière
Medvedev, Qatar-sis à Dubaï (ATP Dubai 500)
Djoko était de retour à Dubaï, pour leur jouer un mauvais tour. C’était sans compter sur l’appétit vorace de Daniil Medvedev, qui a impressionné en faisant chuter le Serbe en 2 sets en demi-finale. Stat impressionnante : le Russe a gagné 5 fois contre le Serbe… les 5 fois lorsque celui-ci était numéro 1 mondial.
Les semaines se suivent et se ressemblent pour Medvedev. Pour le 3ème dimanche de suite, il a connu la joie de soulever le trophée. Il n’a laissé que des miettes à son compatriote Andrey Rublev, pourtant réputé gourmand mais souvent un peu tendre face aux meilleurs. Son tennis est fantastique en ce moment (cf le focus).
A noter : 9 mois après son terrible abandon à Roland-Garros, la (re)naissance d’Alexander Zverev qui atteint les 1/2 finales. Auger-Aliassime passe (encore) au travers.
Acapulco, le verre plus que plein pour De Minaur (ATP Acapulco 500)
Vous attendiez sans doute Alcaraz, ou Ruud pour son retour, les 2 premières tête de série au Mexique ? Raté. Alcaraz a du déclarer forfait après son épopée sud-américaine, alors que Ruud porte bien son nom en ce début sa saison. Deux autres membres du top 10 étaient là, et bien présents en demi-finale : Rune et Fritz. Ils ont subi la loi des outsiders De Minaur et Paul. L’Aussie a coiffé l’américain au poteau, et s’offre le plus beau titre de sa carrière. Il est 18ème mondial ce lundi.
Monterrey : Vekic au sommet (WTA Monterrey 250)
On vous avait dit qu’elle avait envie de regoûter aux hautes altitudes. Après 2 défaites de suite, Caro Garcia a d’abord tout démoli sur son passage dans le Nord-Est mexicain. Sherif en 1/4 n’a pu que prendre un excès de vitesse, alors que la belge Elise Mertens est plutôt passée pour Mère Théresa en demi-finale.
La finale face à Donna Vekic (24ème mondiale) s’annonçait plus difficile. Après une grosse bataille, c’est en effet la Croate qui l’a emporté 6/4 3/6 7/5.
Du côté des français.es : plein Pau en Challenger
Le sergent Garcia n’a pas fait la loi
En manque de résultats probants depuis le début de l’année, Caro a tenu son rang jusqu’à la finale, sans aucun set perdu. La pente était semble-t-il trop raide face à Vekic. Garcia aurait pu arriver regénérée pour Indian Wells. Finalement les certitudes sur son jeu ne sont plus aussi solides à cause de cette finale perdue.
On n’ira pas par quatre chemins, aucun français n’a trouvé la voie cette semaine sur l’ATP Tour.
A Dubaï, Constant Lestienne s’est fait stopper dès le premier carrefour par Griekspoor en lui prenant un set, le deuxième. Quentin Halys a du mettre le clignotant très vite aussi, et laisser passer un Kokkinakis jamais évident à jouer 6/4 7/6.
A Acapulco, c’est Adrian Mannarino qui a loupé le premier virage, pourtant peu dangereux, en la personne du lucky loser Elias Ymer 5/7 6/3 6/4.
Heureusement, il y a eu beaucoup moins de sorties de route françaises sur le circuit secondaire.
Sur le challenger de Pau, les français étaient légion et ne se sont pas ratés. Il n’aura manqué qu’une victoire à Lolo Lokoli pour faire des demies 100% bleu blanc rouge, mais il aura chuté contre Uchida.
Pour Arthur Fils, coup d’arrêt avec une défaite assez laide contre le japonais justement. Manque de motiv’ ?
Le très beau parcours de la semaine est à mettre au crédit de l’autre jeune tricolore qui monte, Luca Van Assche, désormais 110ème mondial juste devant… son copain Fils.
Une grosse bataille contre Brouwer puis une volée de bois vert infligée à Rinderknech en demies (4 jeux laissés !!!) lui font atteindre la finale contre Humbert et même aller chercher le titre.
Au bout de 3h56 de combat, c’est donc le gamin de 18 ans avec une expérience de trentenaire qui s’en sort 7/6 4/6 7/6. Messieurs, repos !
On oublie pas non plus la finale d’Alexandre Muller sur le challenger de Waco au Texas ou il perd en trois sets contre Aleksandar Kovacevic, américain de son état, tenez le vous pour dit.
"Donne moi ta main et prends la mieeeeenne" Van Assche et Fils, 18 ans et en route ensemble vers les sommets ? © F. Porcu/L'Équipe
Le focus : Daniil, de la tentation de revenir au sommet
Il avait quitté l’Australie en dehors du top 10, quelques mois seulement après avoir quitté la place de numéro 1. Encore la semaine dernière, on ne le plaçait pas comme une véritable menace à Djokovic pour la place de numéro 1 cette année. Et si on s’était trompé ?
En 3 semaines, il a glané 14 victoires de suite et surtout 3 titres. Il est le premier depuis des mois à avoir fait tomber Djokovic à Dubaï, et ce avec la manière. Il arrive sur une période qui ne lui a jamais trop réussie jusque-là, avec la tournée US . Malgré tout, on n’aimerait pas être de ceux qui vont croiser sa route sur le dur américain.
Le Débat : L’enchaînement Indian Wells et Miami, révélateur de la saison ou simple interlude ?
Chaque année, début mars est pour le tennis aussi excitant qu’incertain. Ces deux tournois, parmi les préférés de tous les joueurs et joueuses, sont spéciaux de par leur format et les résultats qui en découlent.
La vérité qui en ressort est-elle bonne à prendre pour les mois suivants ? Le raccourci est facile à faire parce que les meilleurs s’y imposent régulièrement mais c’est aller un peu vite en besogne.
Tout d’abord parce que les tournois qui suivent cet enchaînement US induisent un changement de surface. Le printemps amène la terre battue pour tout le monde, n’en déplaise à Medvedev. On le sait, le Russe, ou même Fritz pour ne citer qu’eux, ne goûtent que très peu l’ocre et sont plutôt bien inspirés d’engranger des points sur dur dans le désert californien et à Miami.
Pour autant, la victoire de Fritz à Indian Wells (chez lui) l’année dernière lui a servi de déclic. Depuis, c’est une quinzaine de places de gagnées pour être finalement membre du top 5 aujourd’hui.
Nadal, avant de régner sur Roland Garros un an plus tard, s’est fait un nom en 2004 en détruisant sa majesté Federer à Miami 6/3 6/3.
Plus que faire un bon résultat dans l’un ou l’autre des deux tournois, c’est surtout l’enchaînement de deux grandes performances qui est scruté et révélateur du client ou la cliente qu’on a devant nous.
Le doublé de Federer en 2004 et 2005, le triplé de Djokovic en 2014-15-16, ça c’est exceptionnel.
Le doublé de Swiatek l’année dernière est formidable aussi, par les roustes qu’elle a collé à ses adversaires notamment. Et spoiler, elle a continué le reste de l’année.
Toujours est-il qu’il n’y a presque que des membres du top 10 qui s’imposent sur ces deux tournois. De facto, une tendance s’en dégage chaque année mais cette tendance, généralement, on la connaît déjà…
Ce qu’il va se passer cette semaine : premier Masters 1000 de la saison
Chez les gars comme chez les filles, c’est à Indian Wells que ça va se passer pour les 2 prochaines semaines. Le premier Masters 1000 de la saison s’étend sur presque 2 semaines. C’est aussi le début de la saison US puisque les joueurs poseront ensuite leurs valises à Miami pour un second M1000.
ATP Indian Wells : sans Djokovic, semaine porte ouverte ?
Le désert californien est réputé pour accoucher de surprises, et se refuse aux favoris depuis 5 ans. Deux absences à noter et pas des moindres : Djokovic, refusé car pas vacciné ; Nadal, pas aligné car toujours blessé. Sinon, tout les meilleurs joueurs de la planète y seront.
Revue des forces en présence : Fritz est tenant du titre chez lui et jouera déjà son maintien dans le top 5. Alcaraz voudra reprendre la place de numéro 1. Tout le monde voudra stopper l’homme en forme, Medvedev. Tsitsipas sera là et donc parmi les favoris.
Le favori : Medvedev est-il arrêtable ?
La pièce : Dimitrov ou Hurkacz, pour une surprise de plus à Indian Wells.
WTA Indian Wells : qui pour contrarier Swiatek ?
Chez les femmes, la tenante du titre et numéro 1 mondiale sera la grande favorite de la compétition. Aucune favorite ne manquera à l’appel, et les principales outsiders seront donc les autres membres du top 5 : Sabalenka, Pegula, Garcia et Jabeur, de retour de blessure.
La favorite : la reine Iga va conserver sa couronne.
La pièce : Kudermetova, qui ne pourra pas rester longtemps discrète en étant 11ème mondiale.
On espère pour Taylor Fritz qu'il a bien profité l'année dernière © Clive Brunskill/Getty Images North America
On l’a perdue de vue
Imaginez une ancienne numéro une mondiale il y a 5 ans de cela, double vainqueur de Grand Chelem, dans la force de l’âge (29 ans) et qui est cette semaine 129ème mondiale.
C’est la vie qu’a “décidé” de vivre Garbine Muguruza. L’espagnole n’en finit plus de chuter dans les tréfonds du classement depuis… un an seulement.
Fin 2021, Muguruza gagne le master féminin réunissant les 8 meilleures joueuses de l’année. Elle est 3ème mondiale et fait figure de favorite dans chaque tournoi où elle pointe le bout du nez. Son CV parle de lui-même. Pour autant, les résultats de cette année là ne sont pas forcément en phase avec son classement de l’époque. Elle capitalise davantage sur son début d’année avec une finale puis une victoire à Doha et Dubaï, et surtout les points gelés de 2020 suite au Covid.
L’année 2022 est pour l’espagnole native de Caracas tout bonnement un calvaire avec pour meilleur résultat un quart de finale à Doha. C’est juste, très juste, trop juste. Forcément, en étant 3ème mondiale, ça la fout mal et doucement ça glisse, semaine après semaine. Une blessure par-ci par-là mais la principale, elle se situe sans doute à la tête. On croirait parler de Mladenovic, désolé pour Kiki <3. A l’heure de tirer le bilan de l’année 2022 : 12 victoires.
Malheureusement, 2023 n’a pas l’air d’être une meilleure cuvée pour Muguruza, c’est peu de le dire. 4 matchs pour autant de défaites, elle n’entre plus directement dans les tableaux de la WTA.
Bien trop talentueuse pour que le problème soit tennistique, deux choix semblent s’offrir à elle. Se retrouver mentalement et se reconstruire psychologiquement, un déclic suffit pour remonter, demandez plutôt à Caro Garcia. Ou faire une pause et se poser la question de revenir si le cœur lui en dit. Parce qu’une championne avec à son actif un Roland Garros et un Wimbledon ne va tout de même pas se laisser faire. On sera de toute façon fixé bien assez tôt.
