C’est évident ou imperceptible. C’est flagrant ou beaucoup plus subtil. L’une a pris la place de l’autre. L’une et l’autre que tout rapproche… et tout oppose à la fois. Le jeu d’abord. Puis le je.
Concernant le jeu, les deux gratte-ciels se reposent sur une puissance de feu, une solidité presque à toute épreuve du fond du court et un mental doté de failles… qui ne s’expriment pas de la même manière.
Pour le je, pas la peine de jouer au… jeu des 7 différences. L’une est expressive lorsque l’autre est réservée, l’autre est secrète lorsque l’une dévoile beaucoup. L’une, c’est Aryna Sabalenka.
L’autre, c’est Elena Rybakina. Elle est devenue la 30ème n°1 mondiale et ceci pourrait être une révolution. Elena Rybakina pourrait être LA révolution. Elle pourrait être une n°1 mondiale “comme les autres”. Mais elle pourrait aussi ouvrir de nouvelles portes. En les fermant.
Les médias le répètent assez régulièrement pour en être convaincus. Elena Rybakina est insaisissable. Elle reste une inconnue aux yeux de beaucoup, entre ce qu’elle montre et ce qu’elle dit.
Le statut de n°1 mondiale est censé changer une personne, mettre sur l’intéréssé.e une inévitable pression. Et là dessus la nouvelle championne kazakhe peut influer. Elena Rybakina ne donne au monde que ce qu’elle veut bien nous donner. Pas plus, pas moins. Avoir ce statut induit pour beaucoup des exigences et des devoirs nouveaux. De la communication et de la prise de positions. Et si aujourd’hui, on devait laisser tranquille la patronne du circuit ? Et si aujourd’hui, par qui elle est, Elena Rybakina révolutionnait l’approche d’une patronne et d’un fer de lance de la petite balle jaune ?
Elena Rybakina est qui elle est. Une femme très, très forte au tennis, et très très discrète dans son métier qui réclame le contraire. Jusque là, la couverture qu’on faisait d’elle lui convenait sans doute assez bien. Elle n’est pas du genre à aller chercher les médias, à s’épancher sur sa vie. Pas du genre à se livrer mais à répondre simplement, factuellement aux questions qu’on lui pose. Elle ne triche pas, ne parle pas pour les autres. Vous voulez connaître mon histoire ? Posez moi la question. Mais vous n’aurez pas plus. Le pouvoir de Rybakina aujourd’hui ? De contrer les médias en les lassant parce qu’elle ne donne pas ce qu’ils ont l’habitude de réclamer… et recevoir.
Serena Williams donnait le change à sa manière, Maria Sharapova d’une autre, Iga Swiatek encore différemment. Et Aryna Sabalenka, c’était peut être unique. Elles ont toutes changé - ou plutôt on les a changé - le jour où le matricule n°1 était apposé après elles. Il semble que rien ne changera pour Elena Rybakina. Les médias vont devoir s’adapter et si Rybakina a la bonne idée de rester un temps au sommet, il faudra changer.
Son histoire n’est pas banale. Née russe mais délaissée par sa fédération très jeune, au moment où elle en avait le plus besoin, c’est le Kazakhstan qui est allé la chercher. De l’argent pour son développement et poursuivre son rêve en échange de l’accueil et d’être le porte étendard du pays de son père, qui est aussi devenu le sien. De la rancœur ? Peut être mais elle garde ça pour elle. De la vengeance ? Sans doute pas, mais on n’en saura pas davantage.
Reste un sujet et des questions. Le plus important. Elena Rybakina est-elle prête à mener maintenant sa propre révolution en se séparant de son coach, l’horrible Monsieur Vukov ? C’est pas elle qui le dit, c’est les autres. Puisqu’elle ne dit pas grand chose. Stefano Vukov a été suspendu en 2025 par la WTA pour maltraitance mentale et harcèlement sur la joueuse ainsi qu’emprise, notamment amoureuse. Elena Rybakina, la principale intéressée s’en est émue et défendue, arguant qu’elle n’avait pas besoin d’un soutien dont elle n’a de toute façon pas reçu. Point à la ligne. Classique et effrayant. Son retour aux sommets correspond au retour de Vukov comme entraîneur. A se faire des nœuds au cerveau. Mais pas Elena Rybakina. Nous. Avec la certitude que la révolution qui ne dit pas son nom pourrait venir de la nouvelle figure du tennis féminin. Mais sans la mener.
On passera sur sa défaite d’entrée à Pékin. L’histoire retiendra plutôt que ça a commencé par un titre au WTA500 de Ningbo, en patronne qu’elle est devenue.
La plus grosse ombre au tableau, c'est lui ©GettyImages
